En guise d'exercice,  et pour ouvrir mes premières pages avec des textes que j'aime, des mots qui toujours m'emerveillent.  Comme de fidèles amies, Colette et Sido sa mère.. 2411798037


  "En vraie provinciale, ma charmante mère, "Sido", tenait souvent les yeux de l'âme fixés sur Paris. Théâtres de Paris, modes, fêtes de Paris, ne lui étaient ni indifférents, ni étrangers. Tout au plus les aimait-elle d'une passion un peu agressive, rehaussée de coquetteries, bouderies, approches stratégiques et danses de guerre.
Le peu qu'elle goûtait de Paris, tous les deux ans environ, l'approvisionnait pour le reste du temps. Elle revenait chez nous, lourde de chocolat en barre, de denrées exotiques et d'étoffes en coupons, mais surtout de programmes de spectacles et d'essence à la violette, et elle commençait à nous peindre Paris dont tous les attraits étaient à sa mesure, puisqu'elle ne dédaignait rien.Colette___Fotografia
 
 
En une semaine, elle avait visité la momie exhumée, le musée agrandi, le nouveau magasin, entendu le ténor et la conférence sur "La Musique birmane". Elle rapportait un manteau modeste, des bas d'usage, des gants très chers. Surtout, elle rapportait son regard gris voltigeant, son teint vermeil que la fatigue rougissait, elle revenait ailes battantes, inquiète de tout ce qui, privé d'elle, perdait la chaleur et le goût de vivre. Elle n'a jamais su qu'à chaque retour l'odeur de sa pelisse en ventre-de-gris, pénétrée d'un parfum châtain clair, féminin, chaste, éloigné des basses séductions axillaires, m'ôtait la parole et jusqu'à l'effusion."

Sido