Jours de Marie

Mes souvenirs, mes images, mes passions, mes rêves et mes lectures, tout ce qui fait mes jours ...

18 avril 2007

Mon coeur à l'étroit

Mon libraire connaissant ma difficulté à lire des auteurs français actuels
m'avait vivement2070774570 recommandé ce livre plein de mystère et d'étrangeté, selon lui haletant.

A chacune de mes visites dans sa boutique (et elles sont nombreuses !)  il me gratifiait d'un clin d'oeil excité : "Alors, ça y est, vous l'avez lu? Vous avez aimé?"

Eh bien, c'est fait, je l'ai lu d'une traite. Pourtant, c'est un livre justement trop "étrange" et trop anxiogène pour que je sois enthousiaste. J'aimerais connaître l'avis d'autres lecteurs, et pourquoi pas de fans de Marie Ndiaye dont je ne connais pas les autres romans.



Un couple d'instituteurs bordelais, respectables et dévoués à leur travail se trouve soudain l'objet d'un mépris général, d'une malveillance dont un ignore la raison. Les voisins s'écartent, les mères de famille serrent leurs enfants contre elles à leur approche, leurs collègues semblent pris de dégoût, leurs propres enfants s'éloignent. On aimerait connaître la raison de ce bannissement, on voudrait savoir quel crime ont commis Nadia et Ange, quel complot se trame injustement contre ces "honnêtes gens". Ou bien sont-ils seulement victimes d'hallucinations et d'un grave délire paranoïaque ? Ou encore, cela n'est-il qu'un cauchemar de Nadia, la narratrice?

Ce malaise tenace se concrétise un soir, lorsque le mari, Ange, rentre chez lui avec une entaille profonde et béante dans le flanc. Il se réfugie dans son lit et jour après jour, cette plaie immonde s'agrandit, se creuse, s'infecte. Dans un perpétuel écoulement purulent, elle mène le corps de cet homme à un état de décomposition et de pourriture dont l'odeur est irrespirable. 

Que signifie cette blessure ? "Est-ce que ce n'est pas tout ce que je suis, l'essence même de mon être qui s'écoule, dis-moi !" demande Ange à sa femme.

Aucun médecin ne sera appelé, c'est un voisin, professeur en retraite méprisé par le couple (ils ignorent que ce monsieur Noget est un écrivain renommé) qui propose son aide et finit par s'installer dans l'appartement comme un "geôlier séducteur".

Alors, tout change pour Nadia, l'angoisse s'installe et les repères que l'on cherchait encore se perdent. 
Noyée dans un brouillard opaque, "une brume au doux relent de vase", le quartier de Bordeaux si familier à la narratrice semble la rejeter.  Elle se perd dans un lacis de rues qui s'élargissent, se déploient, forment des virages inconnus et des labyrinthes, des tramways surgis de nulle part semblent vouloir la faucher.

Son corps aussi lui devient étranger : il enfle, se déforme. Comme pour se rassurer et justifier son inquiétante prise de poids auprès de son entourage, elle attribue cela aux premiers signes de la ménopause et du vieillissement. Mais on n'est pas dupe : quelque chose d'indéterminé et d'épouvantable se prépare et mûrit en elle.

On espère à chaque page un éclaircissement, une explication rationnelle, une "clef" qui permettrait de décoder toute l'histoire. Mais tout se perd, s'embrouille à mesure que d'autres personnages apparaissent: l'ex-mari de Nadia,  l'ancien amant de Ralph, son fils devenu médecin et installé en Espagne, père d'une fillette que Nadia n'a jamais rencontrée,  et puis ses parents qu'elle a rejetés trente cinq ans plut tôt.

Ce qui m'a tenue accrochée à ce livre très sombre est la hâte de connaître le dénouement, de "savoir". Je me suis sentie étouffée par l'histoire, j'ai souri parfois devant des scènes tellement absurdes et loufoques,  mais je n'ai éprouvé aucune sympathie pour les personnages, plutôt une certaine répulsion et de l'agacement : Pourquoi ces gens sont-ils à ce point incapables de communiquer entre eux, de secouer les barreaux de la prison où ils se sont enfermés, de refuser l'absurde et de se comporter comme des êtres "normaux"?
Mais ce couple modèle n'est-il pas puni d'avoir justement été tellement conventionnel, irréprochable, enfermé dans ses certitudes,  tellement "normal"?

Je pensais qu'une porte s'ouvrirait dans les dernières pages, comme une "morale" de cette fable qui bascule dans le fantastique. J'ai refermé le livre avec soulagement mais avec une frustration , l'impression que je suis passée peut-être à côté de cette histoire qui n'a cessé de se dérober sans que jamais je puisse la saisir.

Posté par marie s à 16:43 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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