11 mai 2007
La femme du Ve
La dame du Ve n'est pas celle que vous croyez !
Un
américain débarque seul à Paris, un main d'hiver entre Noël et le
Nouvel An. En rupture avec sa famille, chassé de
l'université où
il enseignait. Au fil des pages, on apprendra qu'une liaison d'un
soir avec un étudiante a suffi à mettre sa vie en miettes et l'a forcé
à fuir, banni par ses pairs, jeté sans appel par sa femme et sa fille
adolescente.
Exclu de sa petite ville de l'Amérique profonde, bien pensante et
hypocrite, où aucune transgression n'est admise, Harry semble condamné
à expier sa faute dans une chambre de bonne miteuse du Xe
arrondissement. Fauché, il a le vague projet d'écrire un grand
roman d'initiation, mais l'urgence le pousse à accepter un boulot
de veilleur de nuit. Nous sommes dans un quartier où vivent des
immigrés turcs, on y croise des clandestins et des trafiquants, et la
nouvelle d'un règlement de comptes sanglant est fréquente.
Harry
partage sa vie entre la rue de Paradis où il loge et travaille, et le
Ve arrondissement où il passe de longues heures dans les salles
obscures des cinémas Art et Essai. Au cours d'une soirée d'américains
exilés, il rencontre une femme, hongroise et traductrice, dont il tombe
amoureux, Margit : elle ne lui accordera que deux rencontres
hebdomadaires, dans le studio qu'elle habite rue Linné.
Le
décor est planté, on ne peut en dire plus, sous peine de révéler
les circonstances du cauchemar dans lequel Harry va sombrer, comme un piège
dont on a vu les ressorts se mettre soigneusement en place.
Ce que j'ai aimé dans ce bouquin, c'est son côté "thriller".
Bien construit, sans longueurs, le suspense est entretenu, on ne lâche pas, on veut savoir, et savoir vite!
Et puis, j'ai eu l'impression dès les premières pages, de lire une BD plutôt qu'un roman, tant les lieux décrits par l'auteur (un américain qui a beaucoup marché et beaucoup observé Paris!) m'étaient familiers : de la Gare de l'Est à Jussieu, j'ai traversé un Paris que je connais bien, j'ai reconnu les cafés, les stations de métro, les cinémas, l'atmosphère d'une rue ...
Le héros, Harry, ne se sépare jamais d'un roman de Simenon... Clin d'oeil au Paris crépusculaire, peuplé d'ombres, familier des lecteurs de Maigret, auquel on devine que Douglas Kennedy est sensible.
Enfin, dans ces errances où la ville tient presque le rôle d'un personnage, Paris et ses quartiers comme autant de "mondes" différents et juxtaposés, j'ai perçu quelque chose des pérégrinations de certains héros de Paul Auster à New-York !

