13 mai 2007
Le petit Marcel Proust
J'ai entrepris la lecture de la "Recherche du temps perdu" en 1986. 
Et je ne l'ai toujours pas terminé. Je pense que je n'ai pas envie de tourner la dernière page du "Temps retrouvé".
Flâner
dans cet univers, au fil de nos envies, relire certains extraits, y entrer un peu au hasard, c'est
prendre une assurance de bonheur de lecture!
Je fais des pauses
de plusieurs mois, j'y reviens parfois "au feeling" : Quand le
printemps emplit l'air du parfum des fleurs, vous avez envie de revenir
à Combray, d'entendre la clochette aigrelette du portail,
d'admirer les aubépines. Quand l'été arrive, vous faites un tour à
Balbec, au restaurant aquarium du "Grand Hôtel", au son des rires des
jeunes filles en fleur. Quand vous avez l'humeur romantique, vous
vous plongez dans la déchirante histoire d'amour de Swann et Odette...
En 20 ans, je n'ai oublié aucun des personnages, même les plus obscurs et les passants...
Parfois,
Proust m'agace : trop longues les phrases! J'ai des cahiers
où je recopie certains passages, avec différentes couleurs, en coupant
les phrases pour mieux les comprendre. Mais le plus
souvent, il m'éblouit, les prouesses de son style
m'enchantent et son univers excite mon imagination, me rassure, me
réconforte, m'aide à comprendre ce qui se passe en moi, en nous,
sensations, souvenirs, douleurs, joies... On se trouve dans la "Recherche"!
J'ai essayé
d'initier mes filles. En racontant de petites scènes
(la madeleine, le baiser vespéral de Maman avant le déchirement du
coucher, les goûters chez Gilberte Swann...).
Ce petit
livre n'est pas seulement destiné aux enfants. C'est une balade,
doucement illustrée, dans le monde "proustien", avec des extraits
groupés par thèmes (l'enfance, les vacances, la mer, la musique, la
lecture, la famille, le souvenir...).
Pour le plaisir, voici la madeleine !
"...
je portai à mes lèvres une cuillère de thé où j'avais laissé amollir un
morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée des
miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui
se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait
envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu
les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa
brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me
remplissant d'une essence précieuse: ou plutôt, cette essence n'était
pas en moi, elle était moi."

