14 novembre 2008
Parfum de sainteté, Maximilien Durand
Les huit nouvelles qui composent ce recueil se passent à des époques et à des lieux très différents, mais chacune est le portrait d’un saint dont l’auteur réinvente la biographie. Un « envers du décor » où sont révélés la naïveté, la bêtise, l’orgueil, parfois les perversions de ces personnages. C’est souvent cruel, admirablement bien écrit et passionnant, chaque nouvelle est un bijou…
« Parfum de sainteté », la nouvelle qui donne son titre au livre, est l’histoire de Lydwine de Schiedam, mystique hollandaise du XVe siècle. (Elle fascinait Huysmans, qui lui a consacré un livre) Jeune fille bien née, insouciante et futile, elle est victime à 15 ans d’une chute de patinage. La blessure mal soignée dégénère en septicémie et gangrène et la voilà clouée sur son grabat, repoussante, encore vivante mais déjà en décomposition. Abandonnée de tous, elle décide d’offrir ses atroces souffrances à Dieu. Sa chambre devient un lieu d’un culte où défilent les humbles et les puissants pendant 35 ans.
« Lydwine comprit où résidait son salut. Elle deviendrait une sainte, et contraindrait les dévots à investir sa solitude. (…) Elle prétendrait qu’elle était stigmatisée par les manquements du genre humain. Par gratitude, par pénitence, on se presserait à la tête de son lit et l’on oublierait qu’elle empestait. »
Élisabeth Verchière, elle, entre en 1788 chez les Sacramentines. Est-elle encore vivante ? Pense-t-elle encore ? Effacée, elle est comme "dissoute » dans le rythme immuable de ses journées monastiques …
« Elle accepta le joug de la vie consacrée avec délectation, en même temps qu’elle coiffait le voile des novices de chœur. Désormais, il ne lui appartenait plus de rien décider et elle pouvait s’abandonner pleinement à son immobilisme intellectuel. »
Les tourments révolutionnaires, le drame de l’expulsion de son couvent la laissent impassible, docile. Sans comprendre, elle se laisse mener au supplice de l’échafaud … Arrivant à six heures du soir devant le bourreau, Elisabeth se souvient ne pas avoir dit son office en entier.
« - Mon Dieu, nous n’avons pas fini nos vêpres !
- Eh bien, nous les achèverons au paradis. » lui répond l’une de ses compagnes.
Jamais morbide, léger, plein de sagesse et de sensibilité, ce livre se dévore, c’est un régal de lecture… C'est difficile d'en parler, mais c'est un coup de coeur de lecture, un vrai!
Maximilien Durand, -Parfum de sainteté- Nouvelles, Les Allusifs, 2007
Commentaires
Le sujet m'intéresse bien et si en plus c'est un coup de coeur pour toi, je le note! Merci pour ce billet! :)
Merci Allie .. ce n'est pas un sujet évident, mais quel bonheur de lire une aussi belle écriture, un vocabulaire aussi riche..
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