24 octobre 2007
Elizabeth George, Anatomie d'un crime
Les héros habituels d'Elizabeth George, le commissaire Lynley et Barbara Havers, sont absents de ce nouveau livre. Pourtant, le crime dont la genèse nous est méticuleusement décortiquée est celui de la belle Lady Helen Lynley, enceinte et heureuse, abattue devant sa porte, à Belgravia, dans Sans l'ombre d'un témoin.
Les enfants Campbell sont trois : Vanessa est une adolescente paumée, rebelle et violente qui se détruit lentement, entre drogue, vol et prostitution. Joël a 12 ans et rêve de devenir psychiatre. Bon élève, honnête et généreux, poète en herbe, il tente vainement de survivre dans la jungle urbaine impitoyable. Toby le petit dernier, souffre d'un retard mental. Innocent, fragile, il s'est construit un monde à part peuplé de personnages imaginaires, il dépend de son grand frère pour le protéger de la haine des petits caïds qui le persécutent. Leur père a été tué dans la rue au cours d'un règlement de compte, leur mère est internée dans un hôpital psychiatrique. Abandonnés par leur grand-mère, ces trois enfants vivent dans un quartier misérable avec leur tante, Kenza, une quadragénaire qui essaie maladroitement d'assumer son rôle maternel.
L'engrenage dans lequel les trois enfants sont aspirés est longuement démonté par Elizabeth George. La tension monte, on sent qu'un drame est inévitable, on se prend à espérer, on s'attache à Joël, on l'aime, on voudrait le sauver, le sortir de là ! Peine perdue...
Violent, nerveux, très noir, le récit suit son cours, implacable. 500 pages d'une descente aux enfers, dans un univers désespérant peuplé de personnages habilement décrits ... Yvan, le prof qui tente d'arracher Joël à son destin par l'amour des mots et de la poésie, Majidah la gentille pakistanaise qui parvient presque à briser les défenses de Vanessa, Dix, le jeune ami culturiste de Kenza, "La Lame" redoutable délinquant qui règne en maître sur le quartier, probablement indic, jouissant de l'impunité et de la protection de la police.
Un gros roman très dense et solidement construit, qui ne remonte pas le moral mais se lit d'une traite.
03 septembre 2007
Henry James, L'Américain
Sous le Second Empire, le jeune et riche Américain Christopher Newman tombe sous le charme de Paris et décide de s'y installer. Persuadé que sa fortune, acquise dans la fabrication et la vente de baquets à lessive, lui ouvrira toutes les portes, il s'éprend de Claire de Cintré, une jeune et belle aristocrate. Hélas, la conquête de ce monde très fermé de la noblesse française sera extrêmement ardue pour cet Américain déterminé mais qui demeure un méprisable "commerçant" aux yeux de sa future belle-famille.
En compagnie de Newman, c'est le Paris de Balzac que nous parcourons : "ces rues grises et silencieuses" du faubourg Saint-Germain où les familles nobles désargentées se cachent dans leurs hôtels particuliers. James aurait sans doute aimé que leurs portails s'ouvrent devant lui. L'ambition de Newman est plus grande: il rêve d'y entrer par le mariage. On se prend de sympathie pour le personnage de Newman, il est franc, naïf, honnête, l'argent ne l'a pas corrompu. Lorsqu'on évoque son absence de titre, il réplique :
"Un titre ? Qu'entendez-vous par titre ? J'en sais fort peu sur les ducs, les marquis et les comtes ; j'ignore qui est titré et qui ne l'est pas. Mais je vous dis que je suis noble. J'ignore aussi ce que vous entendez exactement par noble, mais le mot et l'idée sont beaux et je les revendique."
Face à lui, un monde figé dans ses principes représenté par la mère de Claire de Cintré, la redoutable marquise de Bellegarde. On comprend très vite que le dialogue est irrémédiablement impossible entre la sainteté aristocratique des Bellegarde et les dollars de Newman. Pourtant on aimerait qu'il l'emporte et épouse la pauvre Claire prisonnière d'une famille qui l'étouffe, on se prend à espérer et le roman de James (d'abord publié en feuilleton) devient passionnant comme un thriller! Subtil, léger, ironique et cruel...
Les seconds rôles, Noémie Nioche et son destin, Valentin de Bellegarde désoeuvré qui joue sa vie dans un duel ridicule, sont très réussis.
J'aime beaucoup la description du monde de James par Mona Ozouf dans La muse démocratique :
"Entrer dans le paysage romanesque d'Henry James, si étendu, si varié, si touffu, c'est mettre le pied sur un terrain mouvant, entre bonheur et malheur, innocence et expérience, tendresse et cruauté, chien et loup ; lier connaissance avec des êtres désorientants, désorientés, qui se rencontrent péniblement, jamais comme ils avaient rêvé, jamais quand il fallait..."
30 juin 2007
Saison sèche, Peter Robinson
Il y a des similitudes entres les différents inspecteurs qui sévissent dans les polars anglo-saxons!
Banks, dont une critique du Point affirmait : "Entre Le Maigret de Simenon, le Bosch de Connelly, le Rebus de Rankin, il faut désormais placer le formidablement attachant inspecteur Banks" ressemble à certains de ses confrères : Fragilisé par un divorce récent, il tente de reconstruire sa vie, n'échappe pas aux crises de cafard et à l'overdose de whisky certains soirs, entame maladroitement une liaison avec sa subordonnée le major Cabbot. Et surtout il craint de perdre le contact avec son fils Brian qui s'obstine à devenir chanteur de rock, alors que ses parents le voyaient architecte.
L'enquête qui lui tombe sur le dos surgit d'un passé lointain : Un lac asséché au cours d'un été torride révèle les ruines d'un village englouti lors de la création d'un barrage juste après la Seconde Guerre mondiale. Un gamin s'amuse dans ce village fantôme, et y fait une découverte dans la vase : le squelette d'une main humaine.
L'équipe de Banks identifie la victime du meurtre commis vers le milieu des années 40, une femme nommée Gloria Shackelton, et tente de reconstituer son parcours auprès des survivants de l'époque.
En
parallèle, on suit le
récit d'une habitante de ce village du Yorkshire, qui ressuscite le quotidien en période de guerre : restrictions, couvre-feu, et pour les jeunes filles, l'excitation des bals donnés par les GI's basés à proximité! Quel rôle a joué Gwen, l'auteur du journal, dans ce drame oublié? Quels liens l'unissaient à la victime? Qu'est-elle devenue?
Les deux récits alternent, jusqu'au dénouement.
C'est ma première rencontre avec l'inspecteur Banks de Peter Robinson dont de nombreux titres ont été traduits. Ses déboires intimes le rendent attachant, tout comme le major Cabbot, elle-aussi malmenée par la vie. Ces deux-là, visiblement, ne sont pas prêts à faire le grand saut d'une nouvelle histoire d'amour.
L'intrigue policière, dont l'originalité tient à la résurgence d'un passé enfoui, est plutôt sans surprise, mais c'est un bon moment de lecture, pour amateurs du genre!
18 juin 2007
L'épouse hollandaise, Eric McCormack
C'est le papier que Bellesahi a écrit de ce livre sur son blog, qui m'a donné l'envie immédiate de le lire!
Et c'est un grand coup de coeur.
Histoire familiale, énigme, enquête, portrait de femme, grand récit de voyage haletant, on est tenu en haleine de la première à la dernière page.
Rachel, fille d'un juge canadien, a épousé un anthropologue, Rowland Vanderlinden. Très vite, cet aventurier passionné par les rites des tribus les plus isolées sur tous les continents, quitte régulièrement le domicile conjugal pour ses expéditions. Un jour où Rachel attend son retour annoncé par un télégramme, elle voit arriver un inconnu qui se présente comme son mari, Rowland.
Elle ne lui pose aucune question, le laisse entrer, tombe passionnèrent amoureuse de lui et n'apprendra absolument rien des ses origines tout au long des quelques années de leur vie commune. Elle met au monde un fils, le bonheur s'installe, jusqu'au jour où le "faux" Rowland, engagé dans l'armée, se fait tuer dans une tranchée outre-Atlantique à la guerre 14-18.
Bien plus tard, c'est à son fils Thomas que Rachel malade confiera la mission d'enquêter sur les raisons de la disparition du "vrai" Rowland Vanderlinden et de trouver l'identité de l'imposteur qu'elle a aimé.On embarque alors avec Thomas, pour un voyage aux quatre coins du monde. Tempêtes en mer, naufrages, expéditions dans la brousse, personnages exotiques aux coutumes étranges, le récit est vivant, touchant. On percera, l'un après l'autre, tous les mystères de la famille Vanderlinden.
Vivement recommandé !
10 juin 2007
Meurtres à Lafferton
Un vrai polar à l'anglaise, écrit par l'une de ces "reines du crime" qui ont pris dignement la succession d'Agatha Christie!
Tous les éléments sont là, pour combler les amateurs du genre : une petite ville noyée de brouillard, blottie autour de sa cathédrale, une "colline" isolée, prisée des promeneurs et joggeurs : Voici Lafferton, qui vous plonge dans l'ambiance paisible des épisodes de l'inspecteur Barnaby, cottages et pub, jardins fleuris...
Jusqu'au jour où Angela, quinquagénaire célibataire, employée dans une maison de retraite, disparaît au cours de son "footing" matinal sur la colline. Puis, c'est le tour d'une jeune fille obèse et mal dans sa peau, Debbie, et d'une gentille vieille dame, veuve, Iris.
L'enquête est confiée au chef de la police locale, Simon Serrailler, séduisant et mystérieux (que cache ce beau ténébreux? allez-vous vous demander aussitôt!) assisté d'une jeune inspectrice nouvellement débarquée de Londres, qui va immédiatement tomber follement amoureuse de son fascinant patron.
Un assassin se cache parmi la population tranquille de Lafferton, tout un petit monde varié et coloré auquel on s'attache : Cat, le jeune doctoresse dévouée, Karin, sa patiente et amie atteinte d'un cancer, Meriel, la mère du beau Simon, qui mène à la baguette la chorale de la cathédrale, et quelques adeptes plus ou moins loufoques de médecines parallèles et d'occultisme, dont un village voisin s'est fait la spécialité.
C'est un gros roman, presque 500 pages, très dense et bien construit. J'avais deviné l'identité de l'assassin (dont quelques extraits du journal intime se mêlent au récit) au 2/3 du livre! Je m'attendais (avec un peu de deception) à une fin classique, convenue et romantique, mais surprise ! Dans les dernières pages, un événement crée un gros rebondissement et mène à un dénouement inattendu !
Susan Hill est l'auteur d'une trilogie mettant en scène l'inspecteur Serrailler. Le second volume "Où rodent les hommes" est déjà traduit.






